Saisir les liens entre corps, respiration et esprit exige de comprendre la vision subtile du yoga : un corps fait de vibrations énergétiques connectées aux cinq éléments universels. Dans ce article, j’évoquerai les termes suivant : Nāḍī et Chakra qui seront détaillés au cours de plusieurs articles.
Un Nāḍī est un mot sanskrit dont la racine « nad » signifie mouvement, vibration.
De nombreux Nāḍī traversent notre corps. Certains nāḍīs grossiers correspondent à nos artères, veines ou nerfs. Mais au-delà de la chair, le corps est aussi traversé par des nāḍīs subtils, de purs canaux énergétiques. Les Nāḍī subtils permettent au Prānā , de circuler dans le corps. En tant que corps subtils, il est difficile de les détecter et ils doivent avant tout être ressentis, perçus et visualisés dans différents états de conscience plus ou moins élevés.

Principe des Nāḍī pris dans le livre de « ‘P. Alais : Le souffle de dieu respiration et yoga«
Les Nāḍī sont donc des canaux énergétiques, assurant la circulation du Prānā, l’énergie vitale. C’est l’enveloppe dans laquelle circule toutes les énergies, électriques et magnétiques, selon des règles complexes dépendant à la fois des cycles lunaires et solaires mais également de nos états propres.
Les Nāḍī se situent au niveau de Prānāyāma kosha, notre deuxième corps, l’enveloppe, appelé l’énergie vitale, qui anime le corps physique et grossier.
Formant un réseau entrelacé de vaisseaux, les Nāḍī assurent ainsi la circulation de l’énergie. On estime selon les vedas qu’ils seraient au nombre de 72 000 mais certaines écoles considèrent qu’il n’y en aurait pas moins de 350 000 et qu’ils pourraient apparaitre sous forme d’ondes lumineuse pour ceux qui ont développé la vision psychique.
Parmi ces très nombreux nāḍīs, le yoga en distingue trois majeurs qui forment l’armature principale de notre corps pranique :
- Ida,
- Pingala,
- Sushumna.
Ils sont intimement liés puisqu’Ida et Pingala s’enroulent autour de la colonne vertébrale qui est elle-même le siège de sushumna.
Ida et pingala s’entrecroisent en différents centres énergétiques, appelés Chakras. Les principaux et les plus connus sont, en remontant du plancher pelvien jusqu’au au crâne, au nombre de 7 :
- Muladhara
- Swadhistana
- Manipura
- Anahata
- Vishuddi
- Ajna
- Sahasrara

Schéma des Nāḍī et Chakras au niveau du corps
- Ida :
C’est le vaisseau latéral qui se situe à gauche de la colonne vertébrale et du canal axial, la Sushumna. Ida prend son siège au niveau du premier chakra, Mulhadara lui-même situé sur le plancher pelvien. Remontant du côté gauche de la colonne, il irrigue l’hémisphère droit du cerveau et aboutit dans la narine gauche. Ida correspond à l’énergie lunaire, notre élément énergétique féminin, l’énergie du Yin. Froide et ascendante, la couleur bleue symbolise cette énergie.
Ida renvoie aux éléments Terre et Eau. En influençant le système nerveux parasympathique, ce Nāḍī transmet aux organes les impulsions nécessaires à leur stimulation et à leur fonctionnement.
En irrigant le cerveau droit, Ida est en charge des perceptions psychiques et extrasensorielles. C’est pourquoi on considère qu’il est à l’origine de nos activités créatives et artistiques mais qu’il est également un support pour nous aider à nous orienter dans l’espace.
L’énergie froide et lunaire permet d’abaisser la température du corps.
Ida représente notre subconscient, il nous libère de nos peurs et de nos sentiments de culpabilité souvent à l’origine de nos désordres psychiques comme la dépression. Lorsqu’il y a un déséquilibre, nous nous confrontons à l’ignorance et la paresse et nous réfugions dans un état d’esprit passif tourné exclusivement vers le passé.
- Pingala :
Il prend sa source à droite de la colonne lui aussi au niveau du chakra Mulhadara et s’enroule tout comme Ida autour de la sushumna. Pingala irrigue l’hémisphère gauche du cerveau et aboutit dans la narine droite.
Pingala correspond à l’énergie solaire, le yang, le principe masculin. Chaude, dynamique et descendante, la couleur rouge incarne cette énergie qui renvoie aux éléments Feu et Air.
Relié au système nerveux sympathique, Pingala stimule l’activité musculaire en libérant notamment l’adrénaline. Il contrôle le rythme cardiaque, active le corps physique et oriente la conscience vers le monde extérieur.
Relié à l’hémisphère gauche il est à l’origine de nos capacités de raisonnement, d’analyse et de logique. En tant qu’énergie chaude, Pingala permet d’augmenter la chaleur du corps et contrôle l’énergie digestive. Il est aussi régulateur de l’énergie nécessaire au travail et à l’action.
S’il se bloque ou se déséquilibre, il provoque des maladies inflammatoires et peut causer des troubles cardiovasculaires ou digestifs.
Il influence alors nos comportements vis-à-vis des-autres, nous rendant dominateurs, irritables, excessivement matérialistes, voire agressifs.
- Sushumna :
La Sushumna, est le canal du « feu cosmique ». Dans le corps physique il correspond à la moelle épinière, dans la dimension du corps subtil, il est considéré comme le canal de circulation de la Kundalini, l’énergie spirituelle latente qui est considérée comme l’expression énergétique de la puissance divine. Elle est représentée sous la forme d’un serpent qui remonte le long de la colonne vertébrale. La Kundalini est un terme Sanskrit qui désigne une puissante énergie spirituelle lovée dans la colonne vertébrale. Chez l’homme ordinaire, la Kundalini demeure dans un état dit de « repos », elle est « endormie » dans le muladhara chakra, qui est la racine de Sushumna et de tous les Nāḍī.

Le serpent de la Kundalini
Situé au centre, dans le canal axial et en avant de la colonne vertébrale, la Sushumna dont le diamètre serait inférieur à l’épaisseur d’un cheveu, renvoie à une énergie neutre correspondant à l’équilibre entre l’énergie lunaire et l’énergie solaire.
Ce canal serait relié aux autres sans pour autant se confondre, avec le système nerveux central ou système cérébro-spinal. En traversant la colonne, il traverse et alimente l’ensemble des chakras. A l’origine du contrôle de toutes les fonctions de l’organisme, il permet de réguler nos activités physiques et psychiques. C’est le lieu du passage de la kundalini.
Généralement, la sushumna reste fermé et l’énergie vitale circule à travers ida et pingala. Il faut ainsi apprendre à élever notre niveau de conscience pour libérer ce Nāḍī.
Il y a une interaction très fine et très complexe entre les Nāḍī et le corps physique, entre le corps physique et le mental, entre le mental et le Prānā.

Schéma des Nāḍī et serpent de la Kundalini
Les exercices de respiration ou d’élévation de la conscience permettre en les activant, la purification des Nāḍī. Leur activation permet au Prānā de circuler plus librement pour permettent au corps de fonctionner de manière optimale. Quand l’énergie ne circule pas, les Nāḍī sont encombrés, il faut donc les nettoyer et purifier à l’aide de techniques tel que les kriyas.
Il est donc essentiel de purifier les Nāḍī pour faciliter la circulation du Prānā. Les blocages énergétiques au niveau des conduits ou méridiens étant à l’origine de nombreuses maladies organiques ou de troubles mentaux.
Lorsque nous expérimentons des niveaux de conscience toujours plus élevés, cela permet aux chakras de s’ouvrir davantage, permettant ainsi un accès puissant à l’énergie. Plus cette énergie est forte et puissante, plus les chakras deviennent actifs, nous ouvrant ainsi des portes d’accès vers des niveaux de conscience toujours plus vastes, permettant d’atteindre un certain degré de pureté et d’éveil.
C’est pour cela que la tradition indienne explique que le Prānāyāma purifie le corps subtil, appelé Nāḍī. Les Nāḍī sont les méridiens du corps dans lesquelles circulent l’énergie. Ainsi les Prānāyāma tels que Anuloma, Viloma, ou NāḍīŚodhana, ont une action purificatrice sur les Nāḍī et calmante sur le système nerveux. Les différentes pratiques de Prānāyāma seront détaillées une à une dans des vidéos et expliquées dans autre articIe.

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